Tous les médicaments actifs sont susceptibles de provoquer des effets indésirables, dans des proportions variables. La connaissance du mécanisme d’action des molécules et de leur affinité vis à vis de certains récepteurs permet de prédire certains de ces effets. Par exemple, le tramadol, un antalgique opiacé synthétique, est également un inhibiteur de la recapture de la sérotonine et agent libérateur de la sérotonine. Cet effet pharmacologique permet de prédire des effets indésirables de type nausées et vomissement par stimulation du récepteur 5-HT; ces désagréments sont effectivement fréquemment rapportés en vie réelle. 

Néanmoins, tous les effets indésirables ne peuvent être prédits, et seule l’expérience clinique permet de les détecter. C’est particulièrement le cas des effets indésirables très rares, qui ne sont mis en évidence que lors de l’utilisation à grande échelle. 

C’est ainsi que la clomipramine (Anafranil®), un antidépresseur tricyclique fréquemment utilisé pour le traitement des syndromes dépressifs et des troubles obsessionnels compulsifs (TOC), a été identifiée comme le responsable d’un effet indésirable particulièrement rare et atypique : 3 personnes ont rapporté obtenir des orgasmes en baillant. 

La clomipramine est le premier médicament découvert ayant une action sur les TOC.
C’est un analogue halogéné de l’imipramine (chloro-imipramine).

Ce phénomène a été signalé dans une publication de 1983 [1] qui reprend et commente le cas de trois personnes ayant présenté des orgasmes provoqués par l’action de bailler.

Nous avons traduit l’expérience d’une de ces personnes :

[Une fille mariée d’une vingtaine d’années s’est présenté avec un syndrome dépressif évoluant depuis trois mois. Un examen psychiatrique a conduit au diagnostic d’une dépression unipolaire dans un contexte de personnalité obsessive. Elle a été traité en ambulatoire avec de la clomipramine 100 mg par jour. Une rémission complète a été obtenue sous 10 jours. A ce moment, la patiente a demandé combien de temps elle sera « autorisée » à poursuivre le traitement. Elle admit timidement qu’elle souhaitait continuer ce médicament au long cours, non pas à cause de l’amélioration de ses symptômes, mais parce qu’elle avait remarqué qu’en prenants son traitement, à chaque fois qu’elle baillait elle obtenait un orgasme. Elle a même découvert qu’elle pouvait provoquer ces orgasmes en se forçant à bailler. Lors de l’arrêt du traitement quelques semaines plus tard, le phénomène a disparu.] 

Un autre sujet, de sexe masculin, aussi traité par clomipramine pour une dépression, a présenté le même phénomène. Celui-ci ne semblait cependant pas le vivre aussi bien car la fréquence des orgasmes devenait telle qu’il était contraint de se promener systématiquement avec un préservatif sur son sexe. L’arrêt du médicament a aussi provoqué la disparition de ce désagrément.

Ces cas atypiques d’orgasme ne doivent cependant par faire oublier que l’usage des antidépresseurs sérotoninergiques est largement responsable de troubles sexuels comme des difficultés à atteindre l’orgasme, d’impuissance ou de diminution de la libido. La clomipramine, qui est le plus puissant inhibiteur de la recapture de la sérotonine utilisé en clinique (davantage que les ISRS comme la fluoxétine – Prozac®), est aussi le plus gros pourvoyeur d’effets indésirables sexuels, certains auteurs évoquant un chiffre aussi haut que 90% d’incidence [2].

Références bibliographiques :

  • [1] McLean, J. D., Forsythe, R. G., & Kapkin, I. A. (1983). Unusual side effects of clomipramine associated with yawning. Canadian Journal of Psychiatry. Revue Canadienne De Psychiatrie28(7), 569–570.
  • [2] Conaglen, H. M., & Conaglen, J. V. (2013). Drug-induced sexual dysfunction in men and women. Australian Prescriber,36(2), 42–45.