Le binge drinking, terme anglo-saxon que l’on peut traduire par « Alcoolisation ponctuelle importante » (API), est une pratique très répandue. Elle consiste en la recherche intentionnelle de l’état d’ivresse le plus rapidement possible. Elle peut être à l’origine d’une altération des capacités d’apprentissage voire d’amnésies.

Des chiffres préoccupants

     Une Enquête sur la Santé et les Consommations lors de l’Appel de Préparation à la Défense (ESCAPAD) est parue en 2017. Cette enquête, réalisée tous les 3 ans lors de la Journée de défense et citoyenneté (JDC), porte donc sur la santé et le comportement des jeunes de 17 ans vis-à-vis des produits psychoactifs (alcool, tabac, drogues,…). En se focalisant sur les questions en rapport avec la consommation d’alcool, il en ressort que 44% d’entre eux sont sujets à une API au moins une fois par mois, 16,4% au moins 3 fois dans le mois et enfin 2,7% au moins 10 fois dans le mois. On constate une légère diminution par comparaison à l’enquête de 2014, mais les chiffres restent malgré tout préoccupants pour des jeunes de cet âge.

Quels en sont les risques ?

     Il est évident qu’une consommation régulière et excessive d’alcool quel qu’il soit n’est pas sans risques. En effet, une consommation trop importante peut atteindre notre hippocampe, organe du cerveau impliqué dans l’acquisition de la mémoire. Une atteinte de ce dernier peut mener à des troubles voir des amnésies.

     Un groupe de chercheurs s’est penché sur ce problème. Ils ont administré à des rats une dose d’alcool similaire à celle que l’on mesure chez des jeunes lors d’épisode de binge drinking. C’est ainsi que, 48h plus tard, ils ont pu mettre en évidence une altération de leurs capacités d’apprentissage. En approfondissant, ils ont remarqué une interruption des mécanismes permettant la plasticité synaptique au niveau de  l’hippocampe. Les neurones étaient donc en incapacité de réaliser de nouvelles synapses avec les neurones avoisinant, mécanisme à la base du processus de mémorisation et d’apprentissage.

Par quel mécanisme ?

Un autre laboratoire s’est ensuite attardé sur les délais d’apparition de cette amnésie : pourquoi apparaissent-elles seulement 48h après, une fois l’intégralité de l’alcool éliminé ?

     Ils se sont donc intéressés à l’épigénétiques régulant l’expression du génome. Parmi eux les enzymes, et plus particulièrement celle de l’histone désacétylase. Ils ont donc inhibé cette enzyme à l’aide de butyrate de sodium avant la prise d’alcool. Les résultats sont plutôt surprenants puisque les mécanismes  à la base du processus d’apprentissage n’ont pas été affectés.

     Afin de déterminer la cascade de réaction responsable de ce phénomène, ils ont étudié le récepteur somato-dendritique du NMDA présent dans le système nerveux central. Il possède un rôle central puisqu’il intervient dans le phénomène de potentialisation à long terme, mécanisme permettant la mémorisation et l’apprentissage.

     Le récepteur du NMDA possède plusieurs sous-unités dont GluN2B. Après les épisodes de binge drinking, cette sous unité est plus présente, entraînant une modification du récepteur et donc de son fonctionnement en perturbant la cascade de signalisation.

     Ce sont donc des facteurs épigénétiques qui sont responsables de ces effets plus tardifs par modification du récepteur du NMDA, impliqué dans la potentialisation à long terme, et donc les processus de mémorisation et d’apprentissage.

Des idées pour un possible traitement ?

     Nous avons vu que précédemment, le butyrate de sodium inhibant l’histone désacétylase permettait d’éviter les répercussions nocives de cette consommation d’alcool, du moins au niveau des récepteurs du NMDA.

     Serait-il possible d’en faire un médicament ? Son utilisation serait en effet intéressante en cas d’addiction à l’alcool ou en guise de prévention chez les jeunes. Il pourrait potentiellement constituer une réponse à ce problème de santé publique majeur. Cette molécule présente dans tous les cas des propriétés qu’il serait intéressant d’approfondir dans de futurs essais.

     Il reste malgré tout important de prévenir cet abus chez les jeunes, car ces pratiques restent à l’origine de nombreux accidents et comportements à risques. De plus elles augmentent la probabilité de devenir dépendant à l’âge adulte et peuvent laisser des séquelles irréversibles.

Sources : 
Les drogues à 17 ans : analyse de l’enquête ESCAPAD
2017 réalisée par l’OFDT (Observatoire Français des Drogues et des
Toxicomanies)
 ttps://www.ofdt.fr/BDD/publications/docs/eftxssy2.pdf 
 Article publié le 19/02/2019 dans Mission interministérielle de lutte contre les drogues et les conduites addictives (MILD&CA)
 https://www.drogues.gouv.fr/comprendre/ce-qu-il-faut-savoir-sur/le-binge-drinking
 Article publié le 12/11/2019 « Alcool : La mémoire trinque encore » par l’Inserm
 https://www.inserm.fr/actualites-et-evenements/actualites/alcool-memoire-trinque-encore
 Source image : extrait de l’article « L’alcool détruit-il vraiment les cellules nerveuses du cerveau » du 18 juin 2015 par Maxime LAMBERT
 https://www.maxisciences.com/alcool/l-alcool-detruit-il-vraiment-les-cellules-nerveuses-du-cerveau_art35142.html