Férus de récits fantastiques, passez votre chemin : sans aucune surprise, il n’est pas question de grands reptiles ailés et d’une potentielle application thérapeutique de leur hématies dans ces prochaines lignes … En réalité, le « sang de dragon » concerne exclusivement le domaine botanique, et présenterait un intérêt pharmacologique à plusieurs égards. Explication.

Une dénomination métaphorique

Pourquoi parlerait-on alors de « sang de dragon » ? A vrai dire, la justification se ferait en image : le « dragons blood » est le nom donné à une sève et une résine écarlates par certaines populations, qui l’employaient selon un usage traditionnel, souvent séchées.

Résine de « sang de dragon »

Plusieurs espèces d’arbres seraient capables d’en produire, comme Croton spp, une Euphorbiacée dont la distribution est essentiellement sud-américaine, sans aucun doute la plus connue des sources de sang de dragon. D’autres spécimens, du genre Dracaena spp (Dracaenacée du Zanzibar, donc africaine) ou Daemonorops spp (Palmacée à prédominance asiatique), sont aussi réputés pour leur sève pourpre.

A gauche : coupe transverse d’un tronc de Croton spp. A droite : Croton spp, spécimen adulte.

Ces végétaux entretiennent les fantasmes les plus fous. Des récits mythologiques, par exemple, expliqueraient l’origine de la sève rouge de la mort de Ladon, le dragon à cent têtes, gardien des Hespérides. Son sang se serait répandu sur la Terre, baignant les arbres, d’où leur sève rouge.

Sorcières et sorciers, mages et enchanteurs, rangez donc vos baguettes magiques ! Munissez-vous d’une de vos plus belles plumes, et de quelques rouleaux de parchemins : les propriétés thérapeutiques arrivent à grand pas !

Des usages variés

En témoigne la composition complexe du sang de dragon, des molécules d’origine naturelles de tous types se mêlent : formes aglycone ou hétéroside, composés polyphénoliques ou stéroïdiques, alcaloïdes … Autant de composés que d’indications envisageables !

Les composés 20, 23 et 26, par exemple appartiennent au groupe des flavonoïdes.

Les composés 31 et 32, par exemple, présentent une structure stéroïdique.

Les suggestions proposées par les investigations ethnopharmacologiques ont été vérifiées pour la plupart ; on peut par exemple retenir les effets suivants :

  • le « Sangre de Drago » présenterait des effets antiviraux et antimicrobiens démontrés. En plus d’une activité qui nuirait à Staphylococcus aureus ou Salmonella typhimurium, cette drogue pharmacognosique pourrait avoir un effet sur Influenzinum, Parainfluenzinum, les HSV de type I ou de type II ou les hépatites A ou B.
  • la sève de Croton serait capable d’inhiber partiellement des inflammations neurogéniques, par blocage direct du message nerveux sensitif afférent, en agissant aussi bien sur les éléments pré- et post-synaptiques du système nerveux périphérique.
  • utilisé traditionnellement en application locale pour les plaies bandées, il favoriserait aussi la cicatrisation sur les plaies cutanées chez la souris. La molécule responsable ? La taspine, qui permettrait aussi, in vitro, d’augmenter la migration des fibroblastes humains, à l’origine d’une cicatrisation facilitée.

La taspine, un alcaloïde extrait du « sang de dragon », et qui possèderait des propriétés cicatrisantes.

Evidemment, dans l’étude consultée, la liste est beaucoup plus exhaustive. Par ailleurs, l’article propose une analyse différente des effets en fonction de l’espèce d’arbre à partir de laquelle ont été extraits les composés d’intérêt thérapeutiques.

Alors, derrière ce végétal aux aspects glauques, pour ne pas dire gores, qui aurait pu penser que Mère Nature ne fêtait pas Halloween ? Et si en plus, elle permet de nous soigner …

Source :

Deepika Gupta et al, « Dragon’s blood: Botany, chemistry and therapeutic uses », Journal of Ethnopharmacology 115 (2008) 361–380, 2007.