Le Vendredi 20 octobre 2017 s’est déroulé au sein de la Faculté de Pharmacie un colloque organisé par l’association UFCM-I Care, sur le thème de l’usage médical des  cannabinoïdes. Au programme de la journée, 8 conférences animées par différents intervenants internationaux, tous de spécialités différentes, venant apporter leur point de vue sur la question de l’usage du cannabis et des cannabinoïdes dans la prise en charge thérapeutique. En dehors des conférences, des stands d’information et de documentation proposaient des ouvrages sur l’emploi thérapeutique des cannabinoïdes.

Les grèves de tram n’auront pas eu raison de la soixantaine de curieux – étudiants, enseignants/chercheurs, professionnels de santé -, assis sur les bancs de l’amphithéâtre Pasteur. L’ouverture officielle du colloque a été menée par M. Bertrand Rambaud, président de l’association UFCM-I Care, Dr Anny Zorn, président de l’association Action Sida Ville et Pr Line Bourel, directrice adjointe de l’enseignement à la Faculté de Pharmacie de Strasbourg et professeur en chimie thérapeutique.

Le coup d’envoi étant lancé, le Pr David Meiri ouvre la voie, proposant d’aborder la personnalisation du traitement à base d’extrait de cannabis pour les malades atteints du cancer. A la tête d’un laboratoire de biochimie et biotechnologie végétales en Israël, le discours prenait soin de mettre en exergue la complexité du monde des cannabinoïdes. En effet, des données expérimentales expliqueraient que certains dérivés cannabinoïdes présenteraient un intérêt dans le traitement du cancer du colon, alors que d’autres auraient une efficacité bien supérieure dans le cas d’un cancer du sein ou de la prostate. Un intérêt commun, toutefois : les cannabinoïdes provoquent uniquement la mort des cellules cancéreuses ! Un atout majeur, par rapport aux chimiothérapies actuelles, dont les effets indésirables sont notamment expliqués par une action non-spécifique.

Deuxième conférence, deuxième domaine. La neuropédiatrie était cette fois-ci mise à l’honneur, avec Dr Blathnaid McCoy,  médecin au Canada. Proposant une exploration de l’épilepsie dans ses moindres recoins, la neuropédiatre a proposé nombre d’études scientifiques, jaugeant l’efficacité réelle ou réfutée des cannabinoïdes dans le traitement de l’épilepsie, notamment de l’enfant.

Les conférences se suivent, mais ne se ressemblent pas … La parole était à nos voisins belges, avec le Dr Dominique Lossignol, exerçant dans l’unité de soins supportifs et palliatifs à l’Institut Jules Bordet à Bruxelles. Avec humour et ton décomplexé, le médecin proposait un paranoma sémantique, historique, sociologique et éthique du cannabis et de son utilisation médicale éventuelle. Un accent particulièrement mis sur la nécessité d’introduire les cannabinoïdes dans le traitement de la douleur, qui fait l’objet d’une loi royale à elle seule chez nos francophones transfrontaliers.

 

L’après-midi a débuté avec la conférence de Mr Graham De Barra, master en droit international et des droits de l’homme, sur le thème des normes et applications cliniques dans l’usage de cannabis médical en Europe et en Ireland. Une conférence très engagée qui dénonçait assez ouvertement les problèmes que les personnes sous traitement au cannabis peuvent rencontrer à cause des législations en vigueur dans les pays européens.

S’en est suivi par l’intervention du Dr Lorenzo Calvi, médecin généraliste et chercheur spécialiste du cannabis médical en Italie. Celui-ci décrivait les modalités de prescription du Cannabis médical en Italie, où les législations à ce sujets sont, d’après ses dires, « les meilleures d’Europe ».

Après une courte pause est intervenue Mme Jacqueline Poitras, représentante d’une association grecque, la MAMAKA-Mother of Cannabis, qui regroupe les mères d’enfants traités au cannabis et dérivés pour différentes pathologies telles que l’épilepsie, qui présentait des recommandations d’usage du cannabis thérapeutique sur la base d’observations empiriques. Une touche de légèreté dans cette journée bien remplie.

Dernière intervenante externe, la représentante commerciale de Stortz & Bickel, venue présenter des dispositifs permettant de vaporiser les cannabinoïdes, et ainsi pouvoir les administrer par voie pulmonaire sans combustion. Ce dispositif présente un grand intérêt de santé publique, puisqu’il permet de consommer le cannabis par inhalation sans combustion, et donc sans hydrocarbures polycycliques toxiques. Un produit qui mériterait d’être plus démocratisé auprès des consommateurs réguliers de cannabis.

Enfin, M. Sébastien Béguerie, cofondateur de l’association UFCM-I Care a clos le colloque avec un bilan de l’état actuel des traitements au cannabis en France. Lors de cette conférence a été pointé du doigt le paradoxe français, pionnière dans la matière du XVe au XIXe siècle, en retard sur tous les autres pays européens aujourd’hui. Et ceci aussi bien d’un point de vue scientifique que législatif.

Pour conclure, nous pouvons dire que ce colloque a été un grand succès ; l’objectif de sensibiliser le publi aux problèmes que rencontre ce type de thérapie a été pleinement atteint. Les différents interventions et points de vues des intervenants ont apporté une bonne vision globale de l’état actuel des thérapies au cannabis et dérivés aussi bien au niveau géo-politique que social et juridique.

Toutefois, s’il y avait un point critique à soulever, nous avons trouvé que les aspects pharmaceutique et pharmacologique n’étaient pas très approfondis et que s’il y avait eu un pharmacien parmi les intervenants, bon nombre de questions qui ont été posées durant la table ronde auraient pu être mieux éclaircies (tel que la conséquence de l’inhibition de CYP450). En effet, le public semblait être essentiellement composé de personnes déjà confrontées à la thérapie au cannabis et dérivés, ou bien renseignées à ce sujet, et qui recherchaient des réponses bien plus pointues.

Un article plus détaillé concernant le contenu des conférences est en cours de préparation, la suite prochainement !