Un traitement médical débute souvent par le diagnostic après l’apparition de symptômes tels que des maux de ventre, fatigue, mal à la tête… Mais pour certaines pathologies, l’apparition de symptômes est déjà trop tardive. C’est le cas pour les cancers asymptomatiques.

Qu’est ce qu’un cancer asymptomatique ?

Comme son nom l’indique, un cancer asymptomatique est dénué de symptômes pendant une longue période. Quand ceux-ci apparaissent, le cancer se situe très souvent dans un stade avancé de la maladie. Ce stade avancé est donc signe de mauvais pronostic pour la suite. Les cancers les plus répandus et qui sont également asymptomatiques sont le cancer du sein, du côlon, de la prostate, des poumons et des reins.

En effet, le cancer est aujourd’hui un problème mondial majeur. Il représente 14 millions de nouveaux cas par an ainsi que 15% de tous les décès.

Pourtant, si le cancer est détecté assez tôt, donc en phase asymptomatique, plusieurs traitements et solutions tels que la chirurgie, la radiothérapie ou encore le traitement anti-androgènes peuvent être mis en place, ce qui permettrait un meilleur pronostic.

Mais dans la plupart des cas, le cancer est détecté en phase symptomatique, c’est-à-dire que les métastases sont déjà présentes et que la seule solution est la chimiothérapie. Celle-ci porte en général ses fruits, mais dans certains cas si la chimiothérapie ne fonctionne pas, c’est le décès. L’exemple du cancer du sein illustre très bien la situation : les chances de guérison s’élèvent à 98% s’il est détecté assez tôt, tandis qu’elles chutent à 25% si le diagnostic est posé trop tard.

Une équipe suisse, issue de l’école polytechnique de Zurich a mis au point un tatouage biomédical, capable de déceler la survenue de certains cancers asymptomatiques en détectant un signal biologique précoce : l’hypercalcémie.

Un tatouage en guise d’alerte

Le calcium a un rôle majeur dans l’organisme car il est indispensable à toutes les cellules vivantes mais il est également le 1er messager dans les cancers. Effectivement, dans certains cancers comme celui de la prostate ou du sein, on peut observer une augmentation de calcium. Celle-ci est considérée comme une hypercalcémie prolongée quand elle persiste plus de 12 heures consécutives.

Martin Fussenegger avec son équipe ont alors créé un tatouage qui devient plus foncé en cas d’hypercalcémie et donc de cancer précoce. Ce tatouage ne possède aucune encre et fonctionne avec des cellules génétiquement modifiées encapsulées qui sont injectées sous la peau et qui expriment à leur surface des récepteurs sensibles au calcium.

Lorsque le calcium s’y fixe, en cas d’hypercalcémie, il déclenche la production de mélanine qui est le pigment responsable de la coloration de la peau. La mélanine va donc s’accumuler sur ces cellules modifées et va créer une tâche noire sur la peau visible à l’œil nu qui va permettre d’alerter le patient et le conduire à réaliser des examens plus poussés.

Pour le moment, ce tatouage a été testé sur des souris ainsi que des peaux de cochons plus épaisses qui se rapprochent de celle de l’humain.

Les images du haut montrent l’apparition du tatouage suite à la mise en contact de cellules cancéreuses hypercalcémiques avec la mélanine. Les photos du bas montrent aucunes traces du tatouage suite à la mise en contact de cellules cancéreuses normocalcémiques avec la mélanine.

Quel avenir pour ce tatouage ?

L’hypercalcémie peut également être liée à d’autres pathologies. Pour éviter de mauvais diagnostics, ce tatouage serait adressé dans un premier temps à des patients à risques tels que ceux ayant déjà souffert d’un cancer par le passé. Ce tatouage leur permettrait de surveiller une éventuelle rechute. Mais dans un second temps, cette innovation pourrait être adressée à tout le monde et constituerait un moyen supplémentaire de détecter ces maladies avant qu’il ne soit trop tard.

Sources :

"Synthetic biology-based cellular biomedical tattoo for detection of hypercalcemia associated with cancer" écrit par Aizhan Tastanova, Marc Folcher, Marius Müller, Gieri Camenisch, Aaron Ponti, Thomas Horn, Maria S. Tikhomirova and Martin Fussenegger, publié le 18 avril 2018, consulté le 10 décembre 2019.
https://stm.sciencemag.org/content/10/437/eaap8562

"Ce tatouage ne devient visible que lorsqu’il détecte les premiers signes de maladie" écrit par Brice Louvet, publié le 20 avril 2018, consulté le 10 décembre 2019.
https://sciencepost.fr/ce-tatouage-ne-devient-visible-que-lorsquil-detecte-les-premiers-signes-de-maladie/

"Un tatouage sans encre qui détecte les cancers" écrit par François Mange, publié le 18 avril 2018, consulté le 10 décembre 2019.
https://www.letemps.ch/sciences/un-tatouage-encre-detecte-cancers

Photo : "Cancer : un grain de beauté artificiel capable de détecter les premiers signes"
https://www.e-sante.fr/files/styles/pano_xxl/public/images/breve/6/3/0/5207036/vignette-focus.jpg?itok=pC2RHQy9