Un pharmacien en vacance n’en reste pas moins un pharmacien ! Je ne peux m’empêcher de fouiller les officines des pays que je visite à la découverte de spécialités ou de molécules dont on ne dispose pas en France. Ce fut le cas dès mon arrivé à Tallinn en Estonie.

Ce fut également l’occasion d’interroger des locaux pour en savoir plus sur leur système de santé. Je tenais à vous proposer un tour d’horizon de la pharmacie d’Estonie.

Le système de santé estonien

Pour comprendre où en est le système de santé en Estonie il faut d’abord faire un rappel historique : l’Estonie était une république socialiste rattachée à l’URSS entre 1944 et 1991. Le système de santé de ces pays était alors très différent de celui de la majorité des pays capitalistes : les soins y étaient entièrement gratuits que ce soit l’hôpital, les cures, les maisons de retraites ou les médicaments. L’industrie pharmaceutique était nationalisée, l’Etat conduisant la recherche, la production et la distribution des médicaments. La pharmacopée y était alors assez différente de celle des autres pays et globalement moins fournie.

Lorsque l’Estonie retrouve son indépendance en 1991, les estoniens doivent réorganiser leur système de santé. Le système de santé de ce pays est généralement reconnu efficace. Il est basé sur les cotisations des travailleurs. Les consultations classiques chez le médecin sont totalement prises en charge et les médicaments sont remboursés selon la pathologie et le type de médicaments de manière graduelle de 0%, 50%, 75%, 90% voir 100%. Le patient règle les frais à sa charge ainsi qu’un tarif forfaitaire d’à peu près 1 ou 3€ par ordonnance selon le type de médicament. Les séjours à l’hôpital ne sont facturés que par un tarif forfaitaire égal au maximum à 25€.

Bien que couvrant environ 95% de la population, certains locaux pointent du doigt les difficultés parfois rencontrées par les personnes âgées ou les personnes très pauvres.

Les officines en Estonie

J’ai pu interroger un pharmacien basé dans le petit village de Iisaku.

L’officine où j’ai pu interviewé le pharmacien. C’est une pharmacie (apteek) de la chaîne Apotheka.

Johan : comment se passe l’installation des pharmaciens d’officine ?

Pharmacien estonien : les officines ne sont pas détenues par des pharmaciens mais par des business men qui possèdent des chaînes. Il y a 3 ou 4 chaines principales et seul une quinzaine d’officine sur les 280 du pays sont indépendantes. La présence du pharmacien est obligatoire dans celui ci mais il ne possède généralement pas son officine. Cela est lié au coût d’installation et de licences qui sont très importants.

Le pharmacien insiste sur le faible nombre d’officine : 280 pour 1,3 millions d’habitant soit une pour 4600 habitants contre une pour environ 2800 habitants en France.

Johan : combien de temps durent les études de pharmacien ? Comment se porte la filière ?

Pharmacien estonien : il faut 5 ans pour être pharmacien. Le nombre de candidats est suffisant pour en faire une filière qui n’est ni réputée inaccessible ni qui n’a trop d’étudiants.

Johan : quels médicaments sortent le plus souvent ?

Pharmacien estonien : en conseil des médicaments pour la douleur. Sur les ordonnances des médicaments liées aux maladies chroniques et surtout les antihypertenseurs (les maladies CV représentent 54% de la mortalité en Estonie).

Johan : comment se porte l’industrie des génériques ?

Pharmacien estonien : les médecins doivent prescrire en nom de molécules. Le marché des génériques y est très développé autant en conseil que pour les prescriptions. Les gens sont moins aisés et préfèrent les tarifs abordables des génériques pour l’OTC. Le système de santé estonien est basé sur la liste des médicaments essentiels de l’OMS et la dont la grande majorité sont génériquables.

 

Une minuscule pharmacie dans un petit village isolé sur l’île de Saaremaa.

Quelques spécialités commercialisées en Estonie

 

Du paracetamol conditionné à la manière d’une tablette de chewing-gum

Du paracétamol conditionné en 100 comprimés par boite (soit 50g par boite). Ce conditionnement serait interdit en France (pas plus de 8g par boite) car il est plus susceptible de mener à des intoxications.

De l’ébastine en OTC (chez nous sur ordonnance Kestin® ou génériques).

De la drotavérine. C’est un analogue de la papavérine anti-spasmodique (inhibiteur de la PDE4). Ses effets secondaires cardio-vasculaires ont surement limité la commercialisation à des systèmes de santé plus laxistes. En Estonie, c’est aussi populaire que le Spasfon® en France. Sanofi est bien implanté dans les pays de l’Est.

De l’aspirine pour la prévention des accidents vasculaires. Cette spécialité figure parmi une dizaine d’autres qui sont bien mis en évidence sur les étalages et les comptoirs des pharmacies.

De l’Efferagan® commercialisé par BMS…

Du kétoprofène en OTC. Son homologue plus actif dexkétoprofène est aussi disponible en OTC.

La codéine est encore disponible en OTC mais à des dosages bien inférieure à ce qui était disponible jusque récemment en France.

Du diclofénac faiblement dosé en OTC.

Du naproxène sodique disponible en OTC.