Les « legal highs », ou littéralement les « euphorisants légaux », figurent au sein d’une nouvelle mode de consommation de substances psychoactives. Pourtant, comme leur nom l’indique, aucun texte législatif empêche leur achat, leur possession ou leur consommation. Mais comment est-ce possible ?

Par un principe bien connu des pharmacochimistes et pharmacologues : la pharmacomodulation. Kesako, vous dites ? Petit rappel : la pharmacomodulation consiste en la production de nouvelles molécules d’intérêt thérapeutique à partir d’anciennes, grâce à la modification de certains substituants. Plusieurs stratégies peuvent être employées : on peut chercher à rigidifier une structure moléculaire, à la simplifier, à l’étendre pour différentes motivations : parvenir à synthétiser ladite molécule, augmenter sa biodisponibilité ou son tropisme tissulaire, augmenter son affinité avec un récepteur ou une enzyme donnés, développer un antagoniste …

Il y aurait donc une forme de retouche moléculaire, qu’on pourrait appeler « addictomodulation » : mais, qu’aurait à gagner le dealer, ou le producteur ? Une protection juridique, a priori : en effet, les interdictions de possession/vente/consommation de substances psychoactives concernent des substances chimiquement définies, et référencées en appellation UICPA (International Union of Pure and Applied Chemistry).

La modification partielle, suffisante pour définir une toute nouvelle molécule, non référencée jusqu’alors, mais n’impactant pas les propriétés pharmacologiques/physiologiques, permettrait donc un deal « sécurisé ».

 

Exemple de pharmacomodulation envisageable sur l’amphétamine. Les substituants Y permettent de créer une nouvelle structure, aux propriétés similaires, mais non référencées dans les textes de loi jusqu’alors.

 

Mais ce deal n’est pas si inoffensif qu’il en a l’air : les substances légèrement modifiées ne font pas l’objet d’essais préalables à leur distribution, et pourraient développer des effets indésirables bien plus sévères que les substances « initiales » dont elles sont inspirées. Dans les cas les moins préoccupants, la molécule ainsi modulée peut ne présenter aucun effet, trompant ainsi le consommateur. De plus, de telles modifications chimiques se font dans des conditions expérimentales floues, si bien que le produit final peut présenter des substances apparentées et des impuretés nocives, provoquant parfois des morts subites, que la presse rapporte régulièrement.

Toutefois, ces substances récréatives se sont largement démocratisées : il n’est pas rare de pouvoir s’en procurer facilement sur des sites de vente, profitant d’une notoriété mondiale. Forcément, qui dit distribution non entravée, signifie distribution extravertie …

Une pharmacomodulation, à toute épreuve – oui, mais à nos risques et périls !

 

Source : EMCDDA, « Online sales of new psychoactive substances / legal highs : summary of results from the 2011 multilingual snapshots », November 2011.