Depuis la fin du mois de mars sont mis à disposition dans les officines la nouvelle formule de l’hormone thyroïdienne de synthèse Levothyrox®, réalisée par le laboratoire MERCK à la demande de l’ANSM. Ce changement de formule n’a pas échappé à la sensibilité des patients traités et s’accompagne de son lot de polémiques.

Ainsi ces derniers jours, on a pu lire de nombreux articles relatant du sujet, de Santé magazine au Parisien en passant par les Dernières Nouvelles d’Alsace, qui relaient les propos de Béate BARTÈS, présidente de l’association Vivre sans thyroïde, porte-parole des plus de 26 000 patients ayant ressenti des effets indésirables graves, dont certains ont témoigné de leur expérience et signé une pétition pour le retour de l’ancienne formulation du Levothyrox®. Cette revendication n’est cependant pas recevable pour le laboratoire MERCK.

Bien que le bien fondé des certains témoignages peut être mis en doute, il est une nécessité en tant que professionnels de Santé de privilégier le bien-être des patients ; ainsi l’ANSM rappelle dans sa lettre d’information destinée aux professionnels de Santé du 02/03/2017 que le signalement de tout effet indésirable  suspecté d’être lié à la prise du médicament au centre régional de pharmacovigilance dont ils dépendent géographiquement est un impératif. Il est d’autre part important pour ces patients qu’un suivi médical correct soit effectué afin de procéder au plus vite à une adaptation de la posologie en cas de besoin.

Les recommandations officielles faites aux pharmaciens lors de la mise en circulation de la nouvelle formule du médicament étaient les suivantes :

  • Écouler les stocks de l’ancienne formule avant de délivrer les nouvelles de façon à prévenir les risque de confusion,
  • Mettre en garde le patient du changement de code  couleur
  • Mettre à disposition les nouvelles formules de Levothyrox progressivement avec une mise en place d’un suivi et une surveillance spécifique comportant notamment un dosage de TSH dans les 6 à 8 semaines suivant le changement pour les personnes présentant des risques* (4 semaines pour les femmes enceintes).

Dans le doute semé par cette polémique auprès des patients inquiets, une question revient souvent : quels sont, concrètement, les changements qui ont été effectués dans la composition de la nouvelle formule de Levothyrox® ?

Le principe actif, la levothyroxine, reste inchangé d’après les communiqués du laboratoire MERCK. Les changements effectués se retrouvent dans les excipients dont voici la composition d’après sa fiche VIDAL (exemple du Levothyrox® 100 µg) :

amidon de maïs, gélatine, mannitol, croscarmellose sel de Na, magnésium stéarate, acide citrique anhydre

D’après le communiqué  « Question/Réponses » de l’ANSM du 17/08/2017, le changement majeur qui a été effectué par rapport à l’ancienne formule du médicament est le retrait du lactose (excipient à effet notoire) et son remplacement par du mannitol, dépourvu d’effet notoire à la dose où il est présent dans les comprimés et ce quel que soit le dosage du médicament. D’autre part, afin d’assurer la stabilité de la levothyroxine, de l’acide citrique anhydre, un conservateur très répandu dans la composition du médicament et dans le domaine alimentaire, a été rajouté. On peut ainsi lire dans ce communiqué que « ces modifications ont pour objectif de garantir une teneur en substance active (la lévothyroxine) plus constante d’un lot à l’autre, ou au sein d’un même lot, et ce pendant toute la durée de conservation du produit. »  Une nouvelle formulation qui est donc censée assurer une meilleure fiabilité et une meilleure sécurité pour les usagers de ce médicament, d’où la volonté du fabriquant de ne pas revenir sur l’ancienne version.

L’hypothèse la plus plausible expliquant les effets indésirables observés -dans les cas où ceux-ci sont bel et bien imputables au médicament- est celle de la marge thérapeutique étroite de la levothyroxine microdosée. Un changement minime de sa concentration peut induire une perturbation du taux de TSH sanguin et l’apparition d’effets indésirables tels que des douleurs musculaires, une angine de poitrine, des troubles du rythme cardiaque, une sensation de faiblesse etc…

En tant que pharmaciens et professionnels de Santé, il est impératif d’assurer une bonne communication à la fois pour rassurer le patient et pour garantir un suivi adapté. C’est non seulement un problème de Santé Publique, mais également une question d’image des professions médicales à une époque où de plus en plus de sceptiques renoncent à suivre un traitement adapté.


* Les personnes dont l’équilibre thérapeutique a été particulièrement difficile à atteindre, les personnes atteintes d’un cancer de la thyroïde, les personnes souffrant d’une maladie cardiovasculaire (insuffisance cardiaque ou coronarienne et/ou des troubles du rythme), les enfants et les personnes âgées

Sources :