Traiter le patient ou les chiffres de son analyse sanguine ? La revue Prescrire rappelle que seul le bénéfice clinique doit être pris en compte pour initier un traitement.
Un médicament hypoglycémiant peut être efficace pour baisser la glycémie à jeun. Vu sous l’œil du chimiste, c’est une bonne chose, mais en est-il autant en pratique ? Diminue-t-il réellement les complications du diabètes ? Cet exemple illustre bien cette dualité si importante dans l’art de la médecine et de la pharmacie. On connait des hypoglycémiants qui bien qu’ils baissent le sucre sanguin ne diminuent pas les complications cardiovasculaires. Des traitements hypolipidémiants qui ne diminuent pas la mortalité cardiovasculaire.  Est ce acceptable en regard des effets indésirables réels ?

D’après la revue, ces traitements sont prescrits et remboursés sur d’uniques critères biologiques. Heureux celui qui mourra prématurément avec un cholestérol sanguin ou une hémoglobine glyquée dans les normes ?

Consciente de cette douloureuse réalité, Prescrire mène son analyse indépendamment des firmes qui bien souvent font la promotion de leurs médicaments sur ces critères.

Une tâche primordiale car il faut autant de force pour dénoncer les médicaments inefficaces que pour promouvoir ceux qui le sont réellement. Devant l’immense choix de molécules proposé aux praticiens, il est important de choisir les bons médicaments en se posant les bonnes questions. Ne jamais perdre à l’esprit que malgré les liens établis entre un marqueur et une maladie, seul  l’évaluation directe du médicament par le gold standard de la médecine doit orienter la thérapeutique  (à savoir, l’essai contrôlé randomisé ayant pour critère principal le critère d’intérêt pour le patient).

De quoi travailler son esprit critique.

Quelques exemples :

Privilégier baisse de mortalité à baisse du cholestérol : « Statines : se poser des questions en termes de morts et d’accidents cardiovasculaires évités, et pas seulement en termes de taux de cholestérol » consultable ici.

Miser sur la baisse de la mortalité et des effets indésirables des médicaments par rapport à la baisse de l’hémoglobine glyquée: « Diabète de type 2 : un traitement trop intensif est dangereux » à cette adresse et « Diabète de type 2 : la metformine en premier choix » ici. 

Et synthèse disponible sur le site de Prescrire « Évaluer les bénéfices d’un traitement : d’abord les critères cliniques utiles aux patients » sur leur site.